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Au cours de la campagne de 1996, les fortifications mises au jour à l'angle sud-est de la citadelle appartenaient toutes à l'époque médiévale, à l'exception de quelques lambeaux de maçonneries en briques crues dégagés sur de faibles surfaces à l'arrière des maçonneries de brique cuite. Les ouvrages mis au jour constituaient l'aboutissement de plusieurs phases de construction qui s'échelonnaient visiblement du XIe au XVe siècles et formaient un ensemble puissamment fortif. Celui-ci comporte à l'ouest un grand bastion (R) situé à
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l'aboutissement de la muraille qui longe le fleuve, à l'est duquel l'enceinte fait retour vers le nord jusqu'à une tour quadrangulaire (CQP). A l'arrière de cette tour la courtine reprend une direction ouest-est (O) jusqu'à un nouveau bastion (N) de forme semi-circulaire qui constitue l'extrémité des défenses du fleuve, puis s'oriente résolument vers le nord (J) pour constituer la ligne de défense orientale de la citadelle.
A la fin de la campagne 1996, ces diverses maçonneries n'avaient été que partiellement dégagées en raison de la présence le long de la face sud du système défensif d'une très importante masse de déblais qui n'avait pu être éliminée. De même, la zone intérieure, située à l'arrière des maçonneries de briques cuites, n'avait guère pu être explorée faute de temps.

Au cours de la campagne de 1997, la recherche des états anciens de la fortification de l'angle sud-est nous a amenés à ouvrir six sondages répartis sur une zone de fouille de 12 m est-ouest sur 22 m nord-sud au nord des murs de briques cuites.Ce travail a été précédé d'une longue opération de dégagement à la main des décombres liés à la destruction de cette zone dans la mesure où les engins mécaniques, gênés par la forte
déclivité du terrain, se sont révélés incapables de procéder à cette opération.
Ces sondages ont révélé l'existence de plusieurs maçonneries de briques crues ou de pisé s'échelonnant d'est en ouest et n'ont atteint la limite de la plus anciennes d'entre elles que sur une très faible surface. On est donc en présence ici d'un ensemble de murailles venues se renforcer l'une l'autre et dont l'épaisseur totale atteint plus de 14 m.
Dans la partie méridionale de ce secteur, l'enlèvement des déblais à l'aide d'engins mécaniques a permis de dégager largement l'espace qui sépare les murailles de la rive du fleuve. On a ainsi pu mettre en évidence le tracé exact de l'enceinte et la partie des couches en place situées au pied des remparts qui avait été épargnées de la destruction. Une fouille partielle a également pu être entamée dans l'angle rentrant entre le grand bastion ouest (R) et la tour quadrangulaire sur un secteur de forte accumulation qui avait échappé à la destruction.
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Cette vaste opération a montré que le bastion ouest était en fait une tour circulaire se raccordant à l'angle occidental de la fortification. Plus à l'est, on a également pu constater que le tracé rectiligne de la muraille reposait sur un ouvrage comportant curieusement une facade rythmée verticalement de redans disposés en dents de scie jusqu'au bastion semi-circulaire. Malheureusement, faute de temps, cette façade à redans n'a pu être dégagée.

Le seul élément de datation qu'a pu nous fournir la stratigraphie est venu du dégagement des couches en place dans l'angle rentrant de l'enceinte. Sous les décombres accumulés au pied de la muraille, est en effet apparue une couche d'occupation constituée de terre charbonneuse mêlée d'une grande abondance de céramique glaçurée à décor ajouré de très grande qualité et d'imitation de porcelaine chinoise qui semble dater des XIII-XIVe siècles. La présence de nombreux ratés de cuisson parmi ce matériel prouve que nous avons ici les rejets de fours de potiers qu'on a effectivement retrouvés au sommet de la citadelle. Ceci prouve qu'à cette époque la citadelle avait perdu sa fonction défensive.

. Il résulte de l'ensemble de ces travaux une chronologie en six périodes:

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Etat I (époque kouchane ou sassanide)
Fortification de briques crues carrées de 35 cm de côté sur 14/17 cm d'épaisseur qui repose sur le rocher (repéré sur toute la longueur du chantier) dont elle suit strictement le rebord. Ce rempart, visible aux deux extrémités du chantier, forme un double décrochement à angles obtus. Son épaisseur nous est inconnue dans la mesure où sa face externe n'a pu être déterminée avec précision.
La rive du fleuve devait se trouver à environ 5 à 10 m en avant de la ligne de ce rempart.

Etat II (haut Moyen-Age)
Reconstruction partielle du rempart à l'aide de briques crues carrées de 29/31 cm de côté qui comportent parfois des inclusions de fragments de briques cuites.
Ce rempart a été reconnu dans le rempart oriental et à l'extrémité occidentale du chantier.

Etat III (XIe s., époque karakhanide ou ghaznévide)
Une fortification de briques cuites de 27/29 cm de côté sur 6 cm d'épaisseur vient se plaquer contre la face du rempart  de l'état IB en se fondant directement sur la rive du fleuve. Les briques du soubassement sont maçonnées à l'aide d'un mortier de chaux fortement mêlé de cendres. Cette fortification peut être suivie sur toute la longueur du chantier, soit sur une longueur d'environ 80 m.
Le redan oriental, connu seulement en fondation, forme un arc de cercle de de 8 m de rayon. Il est constitué d'une double épaisseur de maçonnerie qui correspond probablement au fait que la partie centrale de la maçonnerie repose sur le rocher et la partie externe directement au bord du fleuve. Le redan sud-ouest et la rive du fleuve à l'ouest sont habillés par une maçonnerie qui masque la face du rocher.

Etat IV (époque post-mongole)
La portion de rempart située dans l'angle rentrant entre les deux redans s'effondre, apparemment en raison de la présence de profondes cavités dans le rocher qui est fait de grès sableux très friable. Un mur de soutènement de briques crues (A) de 29/31 x 6/7 cm est alors édifié  sur le rocher en arrière de la ligne originelle de la muraille sur une fondation de neuf assises de briques cuites de 29 x 5/6 cm. Cet analemma était destiné à contenir la puissante épaisseur (près de 10 m) de couches de détritus organiques accumulées à l'arrière de la muraille et qui contenait un matériel céramique allant de la première période kouchane à la base jusqu'aux XI-XIIe siècles au sommet.
A l'avant de cet analemma, un bastion rectangulaire comportant au milieu de sa face externe une poterne large de 1,5 m est construit, probablement en même temps que le bastion à l'angle saillant sud-ouest qui est enveloppé par une maçonnerie épaisse de 4 m.

Etat V (époque timouride)
Après une période d'abandon matérialisée par une forte accumulation fossilisant la couche de déchets de fours apparue dans l'angle rentrant entre le redan ouest et la tour quadrangulaire, l'ensemble des fortifications connaît une phase de réfection avec la reconstruction des parties hautes de lenceinte, ce dont témoigne la présence de céramique glaçurée bleue dans le mortier d'argile entre les briques cuites de la partie supérieure du bastion en quart de cercle. Cette reconstruction explique la présence du double décrochement horizontal qui apparaît en façade de ce bastion.

Etat VI (époque post-timouride)
Quelques temps après, une tour de briques crues de 10 m de diamètre est édifiée sur le bastion sud. Par la suite, de nombreux états secondaires de nature domestique ou artisanale apparaissent dont témoignent une niche ménagée dans la face est du redan sud et de petites maçonneries de briques cuites situées à mi-hauteur et pratiquement jusqu'au sommet de cette même face du redan sud.

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Illustrations : Vue générale de l’angle sud-est de la citadelle. Plan général. Vue des derniers états de la fortification, XIIe-XIIIe de n. ère.
L'angle sud-est de la citadelle (chantier E)