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La zone fouillée atteint en son centre 12 m d'est en ouest et s'étend sur 38 m du nord au sud, avec une limite méridionale située à environ 15 m de la rive du fleuve.
La procédure adoptée est restée fidèle à celle employée au cours des campagnes précédentes. Elle consiste à dégager l'un après l'autre les niveaux successifs d'occupation sur une surface suffisante pour rendre intelligibles les diverses états architecturaux qu'a connus le secteur. Ceci permet de mieux déterminer l'emplacement des zones où le creusement sera poussé en profondeur sans détruire tout ou partie d'édifices importants  .
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Les travaux ont fait apparaître de multiples maçonneries, pour la plupart domestiques, et quelques constructions plus importantes au caractère évidemment militaire. Toutes ces constructions ont été édifiées en briques cuites généralement remployées et toujours maçonnées à la terre. L'ensemble est affecté par le creusement de multiples fosses dépoques différentes, par la forte érosion subie par ces constructions situées au sommet d'une pente rapide et in fine par le creusement d'une tranchée militaire contemporaine. Le mauvais état de la plupart des constructions a rendu malaisée la fouille et nécessité une très grande attention dans la récolte du matériel en place pour tenter d'éviter les pollutions entre unités stratigraphiques différentes. La stratigraphie fait apparaître une alternance serrée de couches d'occupation et de niveaux d'abandon parfois associés à des couches d'incendie qu'on a pu retrouver sur la totalité du chantier.

Il semble qu'on puisse reconnaître dans l'ensemble de la zone une séquence chronologique en une quinzaine de phases successives qui s'étendent du haut Moyen-Age jusqu'à la fin du XIXe siècle, parmi lesquelles trois phases de construction de fortifications. Ces diverses phases peuvent être regroupées en cinq périodes principales:


* Période I (haut Moyen-Age)
L'état le plus ancien apparu ici est représenté par un ouvrage de briques crues épais de 3 m environ qui apparaît comme un angle de tour quadrangulaire affleurant presque immédiatement sous la surface. Cette tour a visiblement connu une longue phase d'utilisation qui se manifeste par la présence d'un épaississement sur sa face orientale, de réfections plus modeste sur sa face sud à l'aide de briques crues ou de pisé et d'un épaississement de sa face interne sud à l'aide de briques cuites. Suit une phase d'abandon au cours de laquelle l'espace intérieur de la tour a été comblé par une masse de détritus anthropiques de couleur verdâtre.
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Un indice sur la datation de cette tour, non encore dégagée, nous est fourni par le module des briques crues (50x25x10-12 cm) dont on retrouve des parallèles à Termez même et sur le site voisin de Zar Tepe dans des constructions appartenant au haut Moyen-Age, c'est à dire antérieur au Xe siècle.

* Période II (XIe siècle)
La deuxième période se marque par un déplacement de la ligne défensive qui est désormais implantée le long du fleuve avec la construction de la muraille bastionnée en briques cuites maçonnées à l'argile sur une fondation maçonnée au mortier de chaux. C'est sans doute au même moment qu'est édifié, à 14 m en arrière du rempart du fleuve et à 11 m plus haut que ce dernier, un ouvrage, formé par deux gros murs parallèles reliés par un mur perpendiculaire, malheureusement détruit dans sa partie sud.
Cet ensemble n'avait sans doute pas une véritable fonction défensive et l'on doit probablement y voir, soit un mur de soutènement pour les constructions situées à l'arrière et dont il fallait protéger le pied de l'érosion due à la forte pente, soit un massif d'escalier menant de la muraille du fleuve jusqu'au point culminant de la citadelle. Sa construction a partiellement détruit un mur antérieur (M11) qui avait déjà connu une modification avec le bouchage d'une porte située à l'est et qui succédait à une installation antérieure représentée par un réservoir quadrangulaire apparu sous le sol associé à ce mur M11.

* Période III (XVI-XVIIe siècle)
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La maison M5-M5bis s'étant ruinée, ses restes ont été ennoyés dans une couche de décombres formant un sol en pente vers le sud. C'est alors que fut édifiée une forteresse dont la tour d'angle circulaire M3 et l'amorce des murs sud M35 et est M34 ont été dégagés par la fouille. La tour est en partie fondée sur le sommet du mur M4B et comporte trois poutres rayonnantes formant chaînage (Fig. 14).
Le matériel associé à cette construction est relativement mélangé, mais on a tout lieu de croire que cet état est antérieur au milieu du XVIIe siècle, lorsque la ville de Termez fut conquise par l'émir de Boukhara Abdullah Khan. C'est alors, probablement, que la citadelle perdit sa fonction militaire à la suite d'un important incendie dont les traces bien visibles couvrent la pente au pied de la tour et du mur méridional (M15-M17).

* Période IV (états tardifs)
Après l'abandon de la forteresse, les traces d'occupation sont toutes situées au nord de l'emplacement de la fortification de la première période, c'est à dire en arrière de la pente qui descend vers le fleuve.
Il s'agit de vestiges de constructions domestiques qui se succèdent selon quatre phases. La dernière de ces phases se marque par l'établissement d'un mur de terrasse en pisé à l'arrière duquel n'apparaissent que de médiocres constructions très fortement détruites par de multiples fosses. Le point final de cette dernière occupation est constitué par un incendie qui couvre toute la zone de la terrasse.

Conclusion

La partie centrale de ce chantier apparaît comme un lieu important sur le plan de la défense de la citadelle. C'est là, en effet, que se situent les fortifications de cette partie du site, en dehors, bien entendu, des XI-XIVe siècles où la ligne de défense a été établie le long du fleuve. Durant cette dernière période, la zone est intensivement occupée par un habitat domestique, à l'arrière de murs de soutènement qui le garantissait contre l'érosion.
Le fait que toutes les constructions en briques cuites ont été édifiées à l'aide de briques de remploi signifie qu'il existait sur le site un ou plusieurs édifices antérieurs au XIe siècle (mais postérieurs à la période I) dont la ruine a fourni les matériaux de construction sans cesse remployés des maisons et constructions plus amples édifiées en cet endroit.
Les techniques de construction employées présentent des particularités qui méritent d'être notées: mise en place de lits de roseaux à la base de certains murs (M37, M34 et M35), emploi de poutres comme chaînage, alternance dans les maçonneries importantes d'assises de briques posées à plat et de briques de chant, comme au mur M35 où, à deux reprises, à huit assises de briques à plat succèdent deux assises de briques de chant.

PL
Illustrations : Vue depuis le sommet de la citadelle de la tranchée. Plan de la tranchée. Vue depuis le fleuve de la tranchée ainsi que fortifications fluviales (XIIe-XIIIe s de n. ère). Vue vers le nord des états les plus anciens des fortifications de la citadelle (XVI-XVIIIe de n. ère).
Tranchée du point culminant de la citadelle jusqu'au fleuve (cht B)