La Bactriane grecque (329-milieu du IIe s.)

L'irruption des armées macédoniennes dans la région et la guerre qu'Alexandre dut mener durant trois ans (329-327) pour soumettre la Bactriane et surtout la Sogdiane se traduit d'abord comme une véritable
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catastrophe. La politique de la terre brûlée menée par Bessos avant de se retirer au nord de l'Oxus entraîne la reddition sans combat de la Bactriane, les nobles ayant fait défection et s'étant retirés sur leurs terres. Mais la révolte qui se déclenche peu après et les opérations de guérillas conduites par les Sogdiens alliés aux nomades et à certains nobles bactriens entraînent de la part d'Alexandre une répression brutale qui culmine avec l'organisation de "colonnes infernales" qui massacrent plus de cent mille habitants. A l'exception de la capitale, toutes les villes sont détruites et leurs oasis abandonnées.
Alexandre fonde alors une dizaine de colonies militaires. Il charge Héphestion de peupler ces nouveaux établissements avec des soldats réformés et s'assure de la fidélité de la noblesse en emmenant avec lui 30.000 otages.

Sous les successeurs d'Alexandre, la Bactriane est reconstruite grâce à une forte colonisation par des populations grecques ou hellénisées et la mise en valeur par l'irrigation s'intensifie. Durant un siècle et demi, elle constitue le cœur de la domination grecque dans la région. Elle s'érige en royaume indépendant, le royaume gréco-bactrien, sous la conduite de dynastes prestigieux qui ont pour nom Diodote Ier, Euthydème, Démétrios Ier et Eucratide. Sa puissance est telle qu'elle tient tête aux Parthes et à une tentative de reconquête séleucide puis étend ses frontières de la Sogdiane à l'Inde du nord-ouest.

Durant cette période, Bactres est agrandie et, surtout, une nouvelle capitale est fondée de toutes pièces à Aï Khanoum en Bactriane orientale. Puis de grandes villes apparaissent telles que Kala e Zal et Shahr i Nao et d'autres plus petites telles que Dil'berjine Tepe et Dal'verzine Tepe. Sont également fondées des colonies militaires à Termez et Kampyr Tepe pour contrôler le pssage du fleuve et des forteresses chargées d'assurer la garde des frontières comme Payon Kurgan à proximité de la passe de Derbent. Seul le sanctuaire de Takht i Sangin se développe dans la continuité de l'époque achéménide, cependant que Khaytabad Tepe et Djandavlat Tepe renaissent de leurs cendres.

Progressivement coupée du monde méditerranéen, la Bactriane n'en constitue pas moins l'un des foyers
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actifs de l'hellénisme, l"ornement de toute l'Ariane"  (Apollodore). Les nouveaux occupants développent la civilisation urbaine, imposent leurs techniques défensives et leur écriture. L'art grec s'impose dans tous les domaines, en particulier dans le décor architectural, la sculpture ou la numismatique qui produit ici quelques-uns de ses chefs d'œuvre. Toutefois, les Grecs savent aussi mettre à profit les techniques locales de construction ou d'irrigation et intègrent à des degrés variables les traditions locales ainsi que celles de la steppe ou de l'Inde, en particulier dans le domaine religieux.

PL

Illustrations : Temple de l’Oxus. Autel avec statuette en bronze de Marsyas et une dédicace en l’honneur de l’Oxus d’Atrosokès. IIe av J.-C. Aï Khanoum : Chapiteaux corinthiens IIIe-IIe av J.-C.